IA, le monde littéraire et la lecture 1/3

Photo de Aibek Skakov sur Pexels.com

« Nous vivons à une époque où tout va vite. Trop vite. On consomme les idées comme on fait défiler des images. On réagit sans réfléchir. On juge sans comprendre. Et peu à peu, l’intelligence s’endort. Elle se rouille. »
La belle amour humaine. Thélyson Orélien. La Presse, 16 avril 2026

Les enjeux éthiques de l’IA

La Clinique juridique de l’Université de Montréal a publié, en 2025, une capsule sur les enjeux éthiques de l’intelligence artificielle vis-à-vis les droits d’auteurs et la propriété intellectuelle.

Tristan Chheang et la professeure Ysolde Gendreau expliquent les enjeux et posent des questions importantes.

« Donc, est-ce que ce qui sort de là, c’est une œuvre qui est protégée par le droit d’auteur ? C’est clair que, d’un point de vue historique, on a toujours considéré qu’il faut un auteur, une personne humaine, derrière une œuvre pour être protégé. Je serais portée à croire que ce qui sort de l’intelligence artificielle n’est pas protégé par droit d’auteur parce qu’il n’y a pas d’auteur. 
La raison pour laquelle on se pose la question, évidemment, c’est qu’est-ce qu’on fait par la suite ? Ça veut dire qu’on peut être en présence de deux œuvres qui ont l’air semblables et une sera protégée parce qu’elle a été faite par une personne humaine tandis que l’autre ne le sera pas parce qu’elle sort par l’intelligence artificielle. Et c’est comme si on avait un malaise avec cette possibilité d’avoir des œuvres qui proviennent de sources différentes. Mais dans le fond, le malaise n’est pas plus grand que celui de la coexistence d’œuvres qui sont protégées par droit d’auteur avec des œuvres qui sont dans le domaine public.» – Professeur Ysolde Gendreau

Le monde de la musique a été le premier à réagir, le monde littéraire a suivi. 2025 fut l’année des dépôts de recours collectifs, de poursuites et de regroupements, comme le « Regroupement pour l’art humain ».

Robin Bradford, bibliothécaire, avocate et autrice de « The Reader’s Advisory Guide to Romance! » a fait un saut dans un gouffre sans fin lorsqu’elle a acheté, pour la collection de sa bibliothèque, un livre audionumérique avec un narrateur IA. La réaction de Robin dans ses mots sur BluSky.

« Good Morning, BlueSky. I’m annoyed at myself today because I bought an AI audiobook that sucks. Clearly, I need to pay more attention to who the narrator is, instead of just buying the title because someone wants to listen to it. »

La recherche de la « voix IA » aboutit à une liste de plus de 100 titres « lus » par des narrateurs IA simulant la voix de l’auteur.

Dès lors sa curiosité est piquée. Elle découvre que les auteurs partagent plusieurs similarités et que ces auteurs ne semblent pas humains, pas réels.

Robin Bradford a déniché 15 auteurs et autrices qui sont tous fictifs. Ces auteurs appartiennent à une agence littéraire: Lukeman Literary Management Ltd. Les oeuvres ont été générés en partie ou en totalité par l’IA.

L’article « IA Audibook Narrators in OverDrive et the Issue of Library AI Circulation Policy » est à lire. Les commentaires aussi.

C’est une lecture un peu hallucinante, sur un ton de thriller légal et avec surprise à la fin dans les commentaires de l’autrice Rose Lerner.

Rose Lerner a fait une incroyable découverte sur le site U.S. Copyright Office Public Records System. L’agence littéraire a déposé une demande pour tous les droits d’auteurs de ces auteurs fictifs.

À lire aussi « Books by Bots » de Reema Saleh sur le site American Libraries. L’article fait une synthèse de la situation découverte par Robin Bradford, les implications légales, etc.

Le contenu généré par l’IA n’est pas protégé par les lois de droits d’auteur aux États-Unis, mais, il semble qu’il y ait des dérives comme la recherche de Rose Lerner a prouvé.

Les maisons d’édition québécoises réagissent en instaurant une clause anti-IA dans les contrats d’auteur. Ce qui n’empêche pas la prolifération de titres, d’auteurs et d’autrices humains ou pas, d’envahir les catalogues de librairies, et par la suite, les collections des bibliothèques.

Le « slop » généré par l’IA a déjà envahi les collections de livres numériques des fournisseurs OverDrive et Hoopla.

Il devient difficile de filtrer le bon grain de l’ivraie.

Les politiques de développement de collection n’adressent pas encore la situation, mais des lignes directrices émergent.

À lire aussi « I bought slop: a conversation on the accidental purchase of AI-Generated Material » .

À venir : Et les auteurs et les autrices dans tout cela ?