



L’âge d’or du roman policier « Golden Age of Detective Fiction » se situe entre les années 1920 et 1930. Agatha, Dorothy, Margery et Ngaio règnent sur les palmarès de vente et sont adoubées « reines du crime ».
Un peu plus loin dans la liste des auteurs et des autrices, nous trouvons Georgette Heyer.
Née en 1902, Georgette Heyer écrit des romances de la régence dès 1921, elle est une passionnée de Jane Austen, et des romans policiers à partir de 1932.
Férue d’histoire, Georgette possède une bibliothèque personnelle de plus de 1000 documents, surtout de la période de la régence anglaise. Elle vise une exactitude, une justesse dans les faits et les évènements où elle fait vivre ces personnages. Ces romances ont connu un regain de popularité dans le monde francophone avec le succès de la série « Bridgeton ».
Georgette Heyer était une autrice avec un profil public limité. Elle croit que ses livres parlent par eux-mêmes et que sa vie privée est privée. Elle a longtemps assumé la sécurité financière de sa famille par son écriture. Ses frères, sa famille, durant les absences de son mari, ingénieur minier à l’extérieur de l’Angleterre.
Elle a créé un sous-genre de romance, la romance « Régence », et chacun de ses titres deviennent un best-seller.
Tellement populaire que des autrices de ne gênent pas et imitent son style. Une, Barbara Cartland, va même jusqu’à piller les noms, les descriptions des personnages. Furieuse, Heyer explore la possibilité de porter plainte pour plagiat. Elle a les preuves des « emprunts ». Cartland va nier, mais cesse de publier des romans « inspiré » de Heyer. Nous sommes en 1950. En 1974, Cartland récidive.
Barbara Cartland stole plots, rival author alleged in furious letters. The Guardian, 2011.
Jennifer Kloester a écrit une biographie de Heyer. Elle a eu un accès privilégié à la correspondance de la famille et elle a découvert les lettres de Georgette Heyer à son éditeur et à l’éditeur de Cartland dévoilant un registre des « emprunts ».
La biographie de Kloester : Georgette Heyer. Sourcebooks, 2013.
Georgette Heyer, comme autrice de romans policiers, est plutôt une autrice nichée.
Ces intrigues se déroulent dans les années 1930, après le crack de 1929, dans la société bourgeoise et mondaine britannique. Beaucoup d’humour, de sarcasme, de policiers un brin décalé, mais brillants. Ou totalement inefficace et les protagonistes doivent alors prendre la direction de l’enquête.
J’ai découvert Georgette Heyer, comme jeune bibliothécaire, lors de la publication de ses romans policiers chez Fayard au début des années 1990. J’ai lu Heyer à la fin des années 2000 dans l’édition originale.
Footstep in the dark (1932), inédit en français, est un premier roman avec tous les hauts et les bas qui viennent avec un premier roman. L’intrigue est simple, trop même. Les histoires de fantôme meurtrier ont été écrites et réécrites maintes et maintes fois. Lorsque toutes les options ont été explorées, l’option la plus évidente et simpliste est la solution. Mais les échanges entre les protagonistes sont enlevés, plaisants, dynamiques.
Why shoot the butler ? (1933) publié en 1940 sous le titre « Qui a tué le maître d’hôtel » pose « la question » comment est-ce possible de tuer le maître d’hôtel lorsqu’il est le coupable désigné de toutes enquêtes policières. Heyer tente de tourner le cliché à l’envers avec plus ou moins de succès. De nouveau ce sont ces personnages qui brillent.
The Unfinished Clue (1934) publié en 1991 sous le titre « La mort donne le la » chez Fayard. Heyer a compris ses forces et elle met en scène des personnages brillants, pétillants, elle tourne les stéréotypes, jeune femme épousant un homme beaucoup plus âgé, sens dessus dessous. La showgirl, évidemment prénommée Lola, le fils prodigue, etc. L’intrigue policière est correcte et met en valeur les personnages.
Death in the stock (Un rayon de lune sur le pilori, 1990, Fayard) introduit en 1935, les inspecteurs Hannasyde et Hemingway. Heyer a trouvé son rythme et ses repères. Pas une ride, des dialogues acérés, drôles, des suspects bien définis. Un mystère qui n’est pas simpliste. Des détectives de Scotland Yard intelligents, prosaïques, ce qui laisse le personnage principal libre de résoudre le crime.
Heyer a écrit huit romans dans la série des inspecteurs Hannasyde et Hemingway.
Behold, here’s poison (1936) paru sous le titre « Tiens, voilà du poison! (1991) chez Fayard.
They found him dead (1937) paru sous le titre « Meurtre d’anniversaire » (1989) chez Fayard.
A Blunt Instrument (1938) inédit en français.
No Wind of Blame (1939) paru sous le titre « Pas l’ombre d’un doute » (1992) chez Fayard.
Envious Casca (1941) paru sous le titre « Noël tragique à Lexham Manor » en 1984 au Masque.
Duplicate Death (1951) paru sous le titre « Mort sans atout » (1993) chez Fayard.
Detection Unlimited (1953) paru sous le titre « Pékinois, policiers et polar » (1993) chez Fayard.

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